Ron Lapointe : « il n’a jamais oublié ses racines »
La Ligue de hockey junior majeur du Québec intronisera cinq nouveaux membres dans son Temple de la renommée, ce soir, lors du Gala des rondelles d’Or. Chez les bâtisseurs, l’ancien entraîneur-chef des Cataractes de Shawinigan, Ron Lapointe, sera honoré.
La soirée s’annonce fertile en émotions pour son épouse, Louise Gélinas, qui représentera le coloré pilote qui a perdu sa bataille contre le cancer le 24 mars 1992. Il avait 42 ans.
Un attachement éternel
Ron Lapointe a fait ses débuts en tant qu’entraîneur en 1979 avec le Junior de Montréal. Après un bref séjour chez les Remparts de Québec, il s’est joint aux Cataractes de Shawinigan où sa carrière a littéralement pris son envol.
Il est notamment entré dans l’histoire de la ligue en cumulant 31 rencontres consécutives sans défaite à domicile. À ce jour, aucun entraîneur du circuit junior québécois n’est parvenu à vaincre cette marque.
En 1984-85, il a conduit l’équipe à son premier championnat de saison régulière. C’en était fait de son passage chez les juniors, la LNH lui ouvrant les bras.
« Il avait tellement travaillé fort pour atteindre la LNH… c’était son rêve », se souvient madame Gélinas au sujet du poste d’entraîneur-adjoint qu’il venait de dégoter à Washington.
Il a aussi dirigé dans la Ligue américaine de hockey avant de devenir entraîneur-chef chez les Nordiques de Québec.
« Il a aussi eu un emploi de recruteur… et qu’importe où il travaillait, Ron n’a jamais oublié ses racines. Il avait un attachement particulier pour les joueurs de la LHJMQ. Quand il était recruteur, il poussait fort pour vendre leur candidature aux équipes de la LNH », sourit sa femme.
Et ce sont ceux qui travaillaient le plus fort qui étaient récompensés.
« Ron était un gars très loyal. Il respectait énormément ses collègues et ses amis. Il était prêt à aller à la guerre pour nous. Au hockey, il y a toujours quelqu’un qui t’ouvre les portes… moi c’était Ron. Il m’a aidé à devenir dépisteur chez les Cataractes, puis dépisteur-chef. Quand il a fait le saut dans la LNH, il a réussi à me dénicher un poste avec les Capitals, puis les Nordiques. Je lui dois beaucoup », raconte son grand ami Michel Georges qui s’est dit très fébrile à l’idée de voir son vieux complice devenir un immortel de la LHJMQ.
La guerre de mots
Tous ceux qui l’ont vu diriger un match à Shawinigan le décrivent comme l’un des entraîneurs les plus bouillants de l’histoire de la franchise.
« Il était peut-être même un peu trop intense (rires). Je n’ai jamais été embarrassé, mais j’ai souvent eu peur qu’il tombe sur la glace quand il montait sur le banc pour enguirlander un officiel. Ron, c’était un showman. Les gens aimaient ça, c’était bon pour l’équipe et la vente de billets », se souvient son épouse.
À cette époque, la simple rivalité entre Ron Lapointe et Michel Bergeron était suffisante pour remplir les estrades de l’aréna Jacques-Plante. Il entretenait également une relation explosive avec son grand ami Pat Burns.
« C’était deux pareils… ils adoraient y aller de déclarations-choc dans les journaux. Ils s’envoyaient la réplique et leurs disputes donnaient le ton aux matchs. Probablement qu’ils en riaient ensemble quelques mois plus tard au repêchage de la LNH », poursuit Louise.
Le cancer frappe
Dès qu’on lui a appris qu’il était atteint d’un cancer des reins, Ron Lapointe a pris la décision de quitter l’organisation des Nordiques de Québec. Le soir du 15 décembre 1988, il dirigea son dernier match dans la Ligue nationale de hockey face aux Canadiens de Montréal et leur entraîneur-chef, Pat Burns.
« C’était particulier que ce dernier match soit contre Pat. Je me souviens très bien qu’après la partie, il est venu à notre rencontre. Il avait dit à Ron être complètement déboussolé par ce qui lui arrivait. C’était deux lions derrière le banc, mais deux amis qui se respectaient énormément hors de la patinoire. »
Lapointe a ensuite accepté de rencontrer les jeunes joueurs des Canucks de Vancouver et de s’occuper de leur développement. Il a rempli cette fonction jusqu’en janvier 1992, deux mois avant sa mort.
Le trophée Ron-Lapointe
La LHJMQ a donc instauré le trophée Ron-Lapointe remis chaque année à l’entraîneur par excellence dans le circuit Courteau. Il y a 24 ans, sa conjointe le remettait à Guy Chouinard des Faucons de Sherbrooke. Ce soir, c’est elle qui le remettra au gagnant 2015-2016, quelques minutes seulement avant que son mari ne devienne un immortel de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.








































































