Mois de l’histoire des Noirs | Le véritable combat de Georges Laraque
Dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs, l’ancien de la LHJMQ, Georges Laraque, a accepté de rédiger dans ses propres mots un témoignage qui raconte son parcours dans le monde du hockey, ainsi que les différents incidents de racisme auxquels l’homme qui est aujourd’hui âgé de 45 ans a dû faire face.
Le 18 janvier 1958, Willie O’Ree est devenu le premier hockeyeur noir à disputer un match dans la Ligue nationale de hockey.
Pour atteindre son rêve ultime, il a dû se battre constamment contre le racisme afin de frayer sa place. Son courage et sa détermination ont certes ouvert la voie pour plusieurs hockeyeurs noirs, comme moi, et nous ont permis d’avoir une belle carrière dans la LNH!
Aujourd’hui, le racisme évolue peu à peu. On constate qu’il y a encore du travail à faire pour l’enrayer dans le hockey.
Mes parents sont nés en Haïti et ont immigré à Montréal dans leur vingtaine afin de s’assurer un meilleur futur. Je suis né le 7 décembre 1976, dans la région de Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal, et j’ai passé la majeure partie de ma jeunesse à Sorel-Tracy. De 4 à 13 ans, mes parents se sont installés à Tracy, dans les boisés d’Angoulême, et c’est de là que j’ai expérimenté mes tout premiers coups de patin.
Mes parents ne connaissaient absolument rien au hockey! Il faut comprendre qu’en Haïti, ce sport est pratiquement méconnu. De plus, mes parents devaient s’acclimater aux hivers d’ici et n’étaient pas les plus grands admirateurs de la température frisquette des arénas. D’autre part, mes parents ont eu une autre raison de détester le hockey : le racisme.
Pendant mes années dans le hockey mineur, j’ai vécu le racisme au premier degré dans les arénas, à un tel point que mes parents refusaient d’être témoins de ces actes haineux. Ils voulaient que j’arrête de jouer, par crainte que toute cette haine m’affecte. Je n’ai jamais voulu abandonner. Je voulais poursuivre mes rêves! Je leur ai dit qu’un jour j’allais percer dans la LNH et montrer à mes dénigreurs que j’allais réussir, malgré leurs attaques gratuites.
L’impact de ma décision : j’allais devoir trouver une façon de me rendre seul à l’aréna et je n’aurais aucun support de mes parents dans les gradins, pour la majorité de mes parties. Vous ne pouvez pas vous imaginer les insultes raciales que j’ai reçues des joueurs adverses, des parents dans les gradins, et même, parfois, de mes propres coéquipiers.
Durant ces années sombres de mon hockey mineur, je suis heureusement tombé sur la biographie de Jackie Robinson, dans la collection de Grolier. C’est là que j’ai découvert que, pour devenir le premier joueur à jouer dans la ligue majeure de baseball, il avait dû faire face à beaucoup de racisme, lui aussi. Son livre m’a donné le courage de faire face aux attaques racistes et de canaliser cette énergie négative pour me défoncer dans mon sport afin d’atteindre mon grand rêve. Comme Jackie, comme Willie O’Ree.
Après mon hockey mineur, nous sommes déménagés dans la région de Montréal. Il faut dire que, déjà là, c’était plus facile de s’intégrer dans une communauté avec plusieurs membres de minorités visibles. Et de là, les choses se sont déroulées assez rapidement!
J’ai joué Bantam AA pour Bourassa, où pour la première fois de ma vie, je jouais avec un autre noir dans mon équipe, Ivan Darbouze. C’était tout un contraste aux souvenirs de lorsque nous habitions à Tracy, où nous étions la seule famille noire. Je pense même que certains enfants pensaient que j’étais un extra-terrestre!
Du Bantam AA, j’ai été repêché en cinquième ronde par les Lynx de Saint-Jean de la LHJMQ. J’ai joué une année dans le Midget AAA, avec Montréal-Bourassa, avant d’évoluer trois ans dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Je ne me souviens pas avoir subi d’insultes racistes de la part de joueurs adverses lors de mes années dans le Bantam, Midget ou Junior majeur. Par contre, je me souviens très bien avoir reçu des insultes des partisans pendant mes années dans le junior.
Il faut comprendre que dans certaines régions où nous allions jouer, on pouvait s’attendre à des traitements racistes de plusieurs partisans ignorants. Je ne me laissais pas affecter par ces propos, car je savais que la seule façon que je pouvais faire ravaler la parole de mes dénigreurs était de percer dans la LNH.
Après mes deux premières saisons dans la LHJMQ, j’ai été sélectionné par les Oilers d’Edmonton en deuxième ronde du Repêchage de la LNH de 1995. J’étais à la porte de mon rêve! Je suis revenu jouer une dernière année dans le junior majeur et j’ai pu terminer ma carrière avec une conquête de la Coupe Memorial avec les Prédateurs de Granby!
Nous avons ainsi mis fin à une disette de 25 ans depuis qu’une équipe du circuit Courteau avait remporté ce fameux trophée. Et, autre fait intéressant pour moi, j’évoluais aux côtés de deux autres joueurs noirs chez les Prédateurs : notre capitaine Francis Bouillon, et Jason Doig, qui ont eux aussi percé la LNH.
Quand j’ai atteint la LNH, j’ai remercié mes dénigreurs de m’avoir donné une motivation additionnelle de me défoncer afin de leur prouver tort. À l’âge de 15 ans, j’ai dû faire un choix entre le hockey, le soccer et le football américain. J’ai choisi le hockey, la route la plus difficile, parce que je voulais inspirer les minorités à pratiquer ce sport. Je souhaitais également, comme Jackie Robinson, écrire une biographie sur ma vie pour inspirer les jeunes minorités à foncer vers leur rêve.
Aujourd’hui, même si les choses ne sont pas aussi intenses qu’il y a 60 ans lorsque Willie O’Ree a percé dans la LNH, il y a encore plusieurs incidents de racisme dans les différents niveaux de hockey. Je suis présentement impliqué sur un comité de la LNH pour trouver des façons d’enrayer ce problème, en plus de de créer des programmes de sensibilisation pour aider les différentes ligues à implanter des règlements et des structures qui serviront à freiner ces comportements à caractère raciste.
Je crois qu’avec l’effort de tous, collectivement, nous pourrons un jour non seulement enrayer ce problème en grande partie, mais également rassurer les parents et les jeunes, issus de toutes communautés, à pratiquer ce beau sport. Pour se faire, nous devons mettre en place une structure pour assurer le respect de tout un chacun.
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« Le sport a le pouvoir de changer le monde. Il a le pouvoir d’inspirer. Il a le pouvoir d’unir les gens d’une manière que peu d’autres font. Il parle aux jeunes dans une langue qu’ils comprennent. Le sport peut créer de l’espoir là où il n’y avait que du désespoir. Il est plus puissant que les gouvernements pour faire tomber les barrières raciales. Il rit devant tous les types de discrimination. » – Nelson Mandela, 2000.









































































