La LHJMQ Pour Tous | Entrevue Manon Rhéaume
L’héritage de Manon Rhéaume est encore bien présent aujourd’hui, trois décennies après son passage historique dans la LHJMQ.
Peu d’événements dans l’histoire du hockey se sont avérés aussi transcendants que la soirée du 23 septembre 1992, lorsque la gardienne de but Manon Rhéaume s’est avancée sur la patinoire, durant une rencontre de présaison, en tant que membre du Lightning de Tampa Bay.
Ce soir-là, elle s’est mérité la distinction d’être la première femme à disputer un match, en tant que joueuse, dans n’importe quel des quatre principaux sports professionnels en Amérique du Nord. Cependant, un peu moins d’un an auparavant, Rhéaume avait fait une marque similaire dans la LHJMQ.
En grandissant dans une famille de hockey – son père, Pierre, était entraineur et son frère, Pascal, était un joueur étoile dans la LHJMQ et un éventuel gagnant de la Coupe Stanley – Manon a facilement gravité vers le sport. Cependant, les options offertes à une fille voulant enfiler les jambières dans les années 80 et au début des années 90 étaient plutôt rares.
Parfois, Pierre devait être créatif. Il lui arrivait de subtilement faufiler sa fille dans les rencontres afin que, lorsque l’équipe adverse remarque le sexe de son gardien de but, il était trop tard pour réagir. Ensuite, il y avait les ligues féminines, toujours au stade embryonnaire, qui procuraient une chance aux femmes désirant pratiquer le sport de sauter sur la patinoire – souvent durant les heures de glace les plus importunes.
Malgré ces embuches, Manon a su persévérer. Sa patience a été récompensée lorsque Gaston Drapeau, alors entraineur-chef des Draveurs de Trois-Rivières, l’a invité à se joindre à son frère Pascal au camp d’entrainement de l’équipe en 1991. Même si elle fut retranchée et renvoyée aux Jaguars de Louiseville, dans le junior A, Rhéaume allait rapidement avoir sa chance de passer à l’histoire.
Le 26 novembre 1991, après avoir vu les Draveurs laisser filer une avance de 5-3 contre les Bisons de Granby, la troupe de Drapeau se retrouvait à égalité 5-5. C’est alors que l’entraineur-chef a regardé au bout du banc, a fait signe à Manon de sauter sur la patinoire et, du coup, a permis à sa gardienne substitut de 19 ans de devenir le porte-étendard qui allait accroître la sensibilisation à l’importance des femmes au hockey.
Rhéaume allait recevoir une rondelle au visage durant la troisième période de ce match, forçant ainsi son retrait du filet à la suite d’une coupure au-dessus de l’œil. Elle allait aussi encaisser une défaite de 10-6 face aux Bisons. Cependant, il s’agissait là des deux seuls points négatifs d’un événement qui allait engendrer d’innombrables positifs au courant des prochaines années.
À la suite de son apparition dans la LHJMQ, et éventuellement dans un match de présaison avec le Lightning, Rhéaume a continué à briser des barrières en préconisant le développement et en mettant de l’avant la qualité du jeu au hockey féminin qui était en constante amélioration.
Après cinq saisons chez les professionnels et plusieurs participations avec la puissante équipe nationale féminine du Canada, Manon s’est finalement tournée vers une carrière d’entraineuse et vers le côté affaires du sport. Aujourd’hui, elle demeure une personnalité influente dans le monde du hockey, tout en continuant d’ajouter des éléments à sa liste de premières.
Cela inclut le fait d’avoir mis sur pied la toute première équipe féminine en provenance des États-Unis à avoir pris part au Tournoi International de Hockey Pee-Wee de Québec de 2019, un tournoi dans lequel Rhéaume elle-même avait brisé la barrière du sexe en 1984. De plus, son travail auprès de certaines des plus grandes joueuses de hockey au monde assure que son impact sur le sport ne soit pas près de diminuer prochainement.
Trois décennies après avoir enfilé les jambières et changé les coutumes dans la LHJMQ, Manon Rhéaume continue de prouver que les larmes, la sueur et – comme sa sortie mémorable à Trois-Rivières a su nous prouver – parfois même le sang qu’elle a donnés au sport n’ont pas été en vain.











































































