La menace rouge – Les Wildcats et les Remparts ont livré une rivalité mémorable en 2006
Par Will MacLaren
Au cours des trois dernières décennies, les destins des Wildcats de Moncton et des Remparts de Québec se sont croisés à maintes reprises. Alors que les deux organisations attendent maintenant de savoir laquelle accueillera la Coupe Memorial présentée par Kubota en 2028, les partisans d’une certaine époque ne peuvent s’empêcher de se remémorer la première fois où ces deux équipes se sont affrontées avec un championnat de la LCH en jeu.
Personne ayant vécu cette saison, que ce soit à Moncton ou à Québec, n’oubliera ce que ces deux formations ont offert soir après soir durant la campagne 2005-2006. Les Remparts étaient au sommet de leur cycle, s’étant rapidement reconstruits après avoir accueilli la Coupe Memorial en 2003. Menés sur la glace par la future vedette de la LNH Alexander Radulov, les Remparts représentaient une véritable puissance. À l’attaque, Brent Aubin, acquis de Rouyn-Noranda en cours de saison, Angelo Esposito, alors âgé de 16 ans, et le vétéran Mathieu Melanson donnaient le ton à la meilleure offensive du circuit. Avant de devenir un pilier des Sharks de San Jose, Marc-Édouard Vlasic dirigeait la brigade défensive québécoise aux côtés des vétérans Michael Sersen, Andrew Andricopoulos et Joey Ryan. Devant le filet, Cédric Desjardins, tout juste sorti d’un parcours jusqu’à la finale de la Coupe Memorial avec Rimouski l’année précédente, cherchait à prendre sa revanche.
Cependant, le changement le plus marquant des Remparts cette saison-là est survenu après seulement cinq matchs. À la suite d’un départ de 1-4, le club a congédié l’entraîneur-chef Eric Lavigne et confié les rênes de l’équipe à son propriétaire et directeur général de longue date, Patrick Roy. Il s’agissait de la première expérience derrière un banc pour la légende du hockey, mais à la fin de la saison, Roy affichait déjà l’assurance et le sang-froid d’un entraîneur chevronné.
L’objectif des Remparts était clair : obtenir leur billet pour Moncton, où les Wildcats, deux ans après leur première présence en finale de la LHJMQ, se préparaient à accueillir la Coupe Memorial 2006. Les Wildcats ont rapidement démontré qu’ils seraient des hôtes redoutables, amorçant la saison avec une fiche de 5-0 et ne regardant jamais derrière. Sept joueurs ont inscrit au moins 20 buts, menés par les 51 de Stéphane Goulet. Philippe Dupuis s’est joint au club un mois après le début de la saison, après avoir contribué aux championnats consécutifs de Gatineau en 2003 et 2004. À seulement 17 ans, Brad Marchand commençait déjà à démontrer les habiletés et la combativité qui allaient lui permettre de connaître une longue carrière dans la LNH, tandis que le Letton Mārtiņš Karsums connaissait une excellente saison malgré des blessures qui ont écourté sa campagne. À la ligne bleue, Keith Yandle brillait lors de sa seule saison dans la « Q », remportant le trophée du meilleur défenseur de la LCH. Un autre futur joueur de la LNH, Andrew MacDonald, formait avec le vétéran Nathan Welton un solide duo défensif. Une transaction conclue à la mi-saison avec Val-d’Or amenait également le Néo-Brunswickois Luc Bourdon, tout juste auréolé d’une médaille d’or au Championnat mondial junior, à Moncton. Puis, durant la période des Fêtes, l’arrivée du vétéran Josh Tordjman en provenance de Victoriaville venait solidifier la situation devant le filet.
Comme à Québec, l’arrivée la plus marquante s’est peut-être produite derrière le banc, alors que Ted Nolan effectuait un retour dans les rangs des entraîneurs quelques années après son passage couronné de succès avec les Sabres de Buffalo.
Tout au long de la saison, les deux équipes se sont livrées une lutte sans merci pour le premier rang du classement. Il a fallu une victoire lors du dernier après-midi du calendrier régulier pour permettre aux Wildcats de remporter leur tout premier trophée Jean-Rougeau à titre de champions de la saison régulière. En séries éliminatoires, Moncton a compilé une fiche de 12-3 lors des trois premières rondes en éliminant Victoriaville, Halifax et Gatineau. De leur côté, les Remparts ont vaincu Val-d’Or et Shawinigan en cinq matchs chacun avant de survivre à une série de sept rencontres contre l’Acadie-Bathurst, préparant ainsi la finale tant attendue par les amateurs de partout dans la ligue.
Dans une série où quatre des six matchs se sont décidés en prolongation, les Wildcats ont remporté les deux premières rencontres à domicile grâce à des buts gagnants de Karsums et du joueur de soutien Tim Spencer. Les Remparts ont ensuite nivelé la série devant leurs partisans à Québec avant que Karsums ne joue de nouveau les héros en temps supplémentaire lors du cinquième match, permettant aux Wildcats de retourner à Moncton avec une avance de 3-2 dans la série et une occasion de remporter le premier championnat des séries éliminatoires de leur histoire. Deux jours plus tard, ils ont saisi cette chance en signant une victoire de 3-2 lors du sixième match. Grâce à ses sept buts gagnants durant les séries, Karsums a également été nommé joueur par excellence des éliminatoires.
Les deux équipes étaient donc qualifiées pour la Coupe Memorial, les Remparts obtenant leur place en tant que deuxième représentant de la LHJMQ. Avec un laissez-passer pour la finale en jeu, et après plusieurs échanges verbaux dans les médias durant les jours précédents, les deux rivaux se sont affrontés pour conclure le tournoi à la ronde. Au terme d’un duel spectaculaire, Andricopoulos a finalement brisé une égalité de 3-3 avec moins de quatre minutes à jouer, envoyant les Remparts en finale. Et leur adversaire? Les Wildcats, bien sûr, qui avaient défait les Giants de Vancouver, champions de la WHL, par la marque de 3-1 en demi-finale. Il s’agissait de la toute première finale 100 % LHJMQ de l’histoire de la Coupe Memorial.
Les Wildcats ont amorcé la finale en trombe, dominant les tirs 7-1 en début de rencontre. Desjardins a toutefois tenu le fort avant que le défenseur défensif Pierre Bergeron n’ouvre la marque au milieu de la première période. Les Remparts ont ensuite pris le contrôle du match, construisant une avance de 4-0 avant de filer vers une victoire convaincante de 6-2, offrant à Québec sa première Coupe Memorial depuis 1971. À ce jour, cette édition demeure la seule de l’histoire du tournoi où une équipe a remporté le titre sans être l’équipe hôtesse ni la championne des séries éliminatoires de sa propre ligue. Au final, Radulov a eu le dernier mot, étant nommé joueur par excellence du tournoi avant d’entreprendre une brillante carrière tant dans la LNH que dans la KHL.
Les deux formations se sont retrouvées en séries éliminatoires à deux autres reprises au cours des 20 dernières années : les Remparts ont balayé les Wildcats en 2015, avant que Moncton ne rende la pareille avec un balayage en quatre matchs en 2025. Mais rien n’a égalé l’intensité, l’émotion et l’engouement atteints lors de cette rivalité mémorable, au cœur de l’une des plus grandes saisons de l’histoire de la LHJMQ.















































































